De l’usage du restaurateur en conservation préventive
De la restauration à la conservation-préventive
RECOMMANDATIONS
Le patrimoine culturel
contribue à la définition de l'identité européenne.
Il constitue une expression fondamentale de la richesse et de la
diversité de la culture en Europe. Témoin irremplaçable
du passé, la protection du patrimoine culturel présente
un intérêt commun aux Etats européens qui doivent
assurer sa transmission aux générations futures.
Pour répondre à cette obligation, chaque Etat a mis en place
des institutions et des services spécialisés, et adopté un
cadre législatif au terme duquel des biens culturels, reconnus pour
leur valeur historique ou artistique, ou suivant d'autres critères
patrimoniaux, sont soumis à un régime juridique qui peut notamment
prévoir les mesures pour leur conservation-restauration.
Certains biens culturels échappent à ce régime de protection
ou n'ont pas encore été reconnus suivant les critères
proposés par le cadre législatif. Ces biens n'en constituent
pas moins une part du patrimoine culturel dont il importe d'assurer la conservation-restauration
suivant des principes qui garantissent la qualité des interventions
et la pérennité de ce patrimoine.
Mais l'analyse des systèmes juridiques de protection des biens culturels
et le recensement des situations auxquelles sont confrontés les professionnels
de la conservation-restauration révèlent de graves lacunes
susceptibles de compromettre l'effectivité des principes de protection énoncés
par ces systèmes juridiques et la qualité des services et travaux
de conservation-restauration.
Le rôle fondamental du conservateur-restaurateur est de préserver
les biens culturels au bénéfice des générations
présentes et futures. Le conservateur-restaurateur contribue à l'identification, à l'appréciation
et à la compréhension des biens culturels dans le respect de
leur signification esthétique et historique et de leur intégrité physique.
Tous les Etats européens n'ont pas encore adopté de mesures
visant à reconnaître un niveau de formation et une qualification élevés
pour l'accès à la profession de conservateur-restaurateur.
Pour pallier à ces insuffisances institutionnelles, la Confédération
Européenne des Organisations du Conservateur-Restaurateurs (ECCO)
a adopté, en 1993, les " Règles professionnelles d'ECCO" définissant
les conditions d'exercice de la conservation-restauration, le niveau de formation
requis pour l'exercice de la profession et les principes déontologiques
que ses professionnels doivent respecter. A ce jour, dix-neuf associations
professionnelles réparties dans quatorze Etats européens ont
adhéré aux " Règles professionnelles I, II et III " mises
au point par ECCO .
Au niveau européen, en partenariat avec d'autres institutions, ECCO
a contribué à la diffusion de ses règles professionnelles
et des normes déontologiques pour la conservation-restauration, notamment
par son implication dans l'adoption du Document de Pavie en 1997 lors du
sommet consacré à la définition d'un profil européen
du conservateur-restaurateur. Ce document a été entériné par
le Comité de conservation du Conseil International des Musées
(ICOM).
La communauté professionnelle, avec l'appui d'ECCO, a identifié en
1998 dans le Document de Vienne, la nécessité de préciser
le rôle et la responsabilité des conservateurs-restaurateurs
dans les processus de conservation-restauration. En 2000, le rapport sur
les " conservateurs-restaurateurs des biens culturels en Europe : centres
et instituts de formation (CON.B.E.FOR) " a mis en évidence l'exigence
d'une qualification et d'un niveau de formation élevés des
conservateurs-restaurateurs. Cet objectif est notamment développé dans
le cadre de l' European Network for Conservation-Restoration Education (ENCoRE)
qui propose des principes communs pour la formation des conservateurs-restaurateurs.
Les efforts de la communauté professionnelle ne constituent qu'une étape
et doivent être relayés par les pouvoirs publics - responsables
de la protection du patrimoine culturel - afin que soient diffusées
les normes communes relatives aux conditions d'accès à la profession
et d'exercice de la conservation-restauration, ainsi que les principes déontologiques.
En effet, la qualité des interventions et des projets de conservation-restauration
est une condition essentielle pour assurer la protection et la pérennité du
patrimoine culturel européen. Cette qualité est étroitement
liée à la reconnaissance, au niveau européen, d'un statut
professionnel du conservateur-restaurateur.
Dans cette perspective, ces recommandations et ces lignes directrices énoncent
les mesures minimales que les systèmes juridiques nationaux devraient
formuler afin de reconnaître la spécificité de la conservation-restauration
des biens culturels, et par là-même l'exigence d'un niveau de
qualification élevé pour l'exercice de cette profession.
LIGNES DIRECTRICES
1. Définition
de la conservation-restauration :
La conservation-restauration doit être définie comme toute intervention,
directe ou indirecte sur un objet ou un monument, pratiquée pour sauvegarder
son intégrité matérielle et garantir le respect de sa
signification culturelle, historique, esthétique et artistique.
Cette définition conditionne la nature, l'étendue et les limites
des mesures qui peuvent être prises ainsi que des interventions qui
peuvent être menées sur le patrimoine culturel.
2. Protocole concernant
les projets de conservation-restauration :
La programmation, les commandes ou les appels d'offres pour des interventions
de conservation-restauration doivent faire référence à un
protocole qui respecte les différentes étapes du processus
de conservation-restauration énumérées ci-dessous et
leur enchaînement :
Et pour tout ou partie de ces étapes du processus qui précède :
Les Etats devront adopter des mesures juridiques afin que ce protocole soit respecté dans les projets de conservation-restauration et que sa mise en oeuvre garantisse la qualité des interventions et la pérennité des biens culturels.
3. Adoption de
mesures nationales :
Le protocole d'intervention de conservation-restauration comprend des étapes
dont les législations nationales doivent opérer une transcription.
En particulier, les systèmes juridiques nationaux relatifs à la
conservation-restauration devront préciser également les étapes à réaliser
en amont et en aval de l'étape de la mise en oeuvre de l'intervention.
En amont de l'intervention :
Au cours et après l'intervention :
Interventions spécifiques :
Et pour les étapes
en amont, au cours et après l'intervention ainsi que pour
les interventions spécifiques :
Sélection des prestataires de service. Les modalités de mise
en uvre de cette étape doivent prévoir que les candidatures
des conservateurs-restaurateurs susceptibles d'être retenues sont seulement
celles qui répondront à des critères de qualification
professionnelle élevée et respecteront les principes déontologiques,
reconnus par les organisations professionnelles des conservateurs-restaurateurs
représentatives au niveau européen. Dans le cadre des programmations,
commandes ou appels d'offre, la procédure de sélection ainsi
que la désignation de l'intervenant doivent être opérées
en veillant à ce que les critères qualitatifs priment sur les
critères économiques pour ce qui concerne la sélection
des processus et la tâche des prestataires de services. Le conservateur-restaurateur
est tenu de participer à ce processus de préselection.
4. Responsabilité dans le processus de conservation-restauration :
La chaîne opératoire comprenant les phases de prescription,
d'exécution et de contrôle doit être placée sous
la responsabilité d'une équipe interdisciplinaire intégrant
des conservateurs-restaurateurs. A ce titre, la responsabilité du
conservateur-restaurateur doit être affirmée et précisée
pour chacune des étapes du processus de conservation-restauration,
et notamment dans les étapes correspondant à la sélection
des prestataires de services, à l'examen préliminaire, au diagnostic
et à la décision de l'intervention, à la formulation
du projet, au contrôle continu et à l'évaluation des
interventions et à l'entretien et à la conservation préventive.
5. Qualification
professionnelle du conservateur-restaurateur :
Les conditions d'accès et d'exercice de la profession de conservateur-restaurateur
doivent être fixées dans le cadre d'un système de reconnaissance
de qualification professionnelle élevée, garanti par les pouvoirs
publics et défini par les organisations professionnelles des conservateurs-restaurateurs
représentées à l'échelon européen. Ce
système de reconnaissance doit être basé sur le niveau
d'études en conservation-restauration (universitaire ou équivalent
reconnu) et sur la qualité de l'expérience professionnelle
acquise et devrait envisager des mesures en cas de faute ou négligence
professionnelle.