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Fédération Française des Conservateurs-restaurateurs Zone réservée aux adhérents

 

De l'usage du restaurateur en conservation préventive

par Eléonore Kissel

1. De la restauration à la conservation

En préambule, il est nécessaire de définir les champs d'action couverts par les disciplines ayant pour objectif commun la sauvegarde des biens culturels. Par la suite, une rapide mise au point s'imposera sur la distribution des diverses fonctions au sein des musées(1) . Suivra la discussion principale de ce texte, concernant les possibilités d'intégration du restaurateur à des projets de conservation préventive.

Que recouvrent les termes de " restauration ", " conservation curative ", " conservation préventive ", et qui exécute chacune de ces tâches dans les institutions patrimoniales ?

En français, la restauration est aujourdhui définie de façon distincte dans le langage commun et sur le plan scientifique, ce qui cause un équivoque dès lors que l'on débat en public de cette discipline. En effet la restauration a été décrite en 1992 comme étant l'ensemble des interventions effectuées sur un bien culturel pour en améliorer la lisibilité(2) , conformément à la définition anglophone. Il 'sagirait donc dune activité facultative, opérée sur un objet dont la pérennité n'est pas en cause. Par opposition, la conservation curative regrouperait les interventions effectuées sur un objet altéré, dans le but de le mettre hors de danger. Pourtant, les raccourcis oraux et écrits expliquent q'uaujourdhui encore on emploie volontiers le terme de " restauration " - et par extension celui de " restaurateur " - dans un sens plus large, englobant toutes les interventions directes sur l'objet. Dailleurs, dans cet esprit et pour éviter toute confusion, le terme de " conservation-restauration " sera utilisé dans cet article, en conjonction toutefois avec celui de " restaurateur ", en espérant que les lecteurs admettront cette insoumission à la terminologie officielle(3).

Si la restauration et la conservation curative s'exercent toutes deux sur un objet unique en général altéré, la conservation préventive est une discipline d'un autre ordre puisquelle a pour but de diminuer les risques de dégradation. Il découle de cet objectif deux effets immédiats : d'une part, les activités de conservation préventive sont en général centrées sur l'environnement plutôt que sur l'objet, même s'il est entendu que la matérialité de l'objet détermine la nature des actions entreprises. Dautre part, du fait qu'une action sur l'environnement bénéficie souvent à plusieurs objets, la légitimité d'une action est évaluée en fonction de l'impact qu'elle aura sur la collection, plutôt que sur l'objet unique.

L'analyse induit le restaurateur à accepter que, suite à son intervention de conservation préventive, les objets ne retrouveront pas leur splendeur perdue ; tout au plus continueront-ils à exister, pour l'éveil et le plaisir des générations à venir. C'est là que seffectue son travail, à la fois sur le plan moral et concret : les risques de dégradation continueront d'exister, il ne peut qu'en limiter les effets par une protection quotidienne, parfois minimale, des collections.

Ce glissement de fonction n'est pas anodin, du fait même de l'ampleur des effets générés par toute action à grande échelle, visant un ensemble d'objets ou son environnement. En matière de prévention et de protection contre les dommages, les actions comme les résultats sont souvent peu spectaculaires mais la responsabilité demeure lourde : toute erreur commise risque dêtre répercutée sur des milliers, voire des millions dobjets.

1. Dans cet article il sera uniquement fait état de la situation dans les musées français ; les institutions patrimoniales d'autres types telles que les archives, bibliothèques, sites et monuments historiques, ainsi que la situation hors de France devraient faire l'objet danalyses spécifiques.

2. GUILLEMARD, Denis. " Editorial ". La conservation préventive - Actes du 3e colloque de l'Association des Restaurateurs dArt et d'Archéologie de Formation Universitaire, Paris, 8-10 octobre 1992. A.R.A.A.F.U., Paris, 1992 ; p. 13-18.

3. Le terme officiel désignant les professionnels intervenant directement sur les biens culturels est celui de " conservateur-restaurateur ". Il indique simplement que ces professionnels prennent des mesures de conservation préventive ou curative et effectuent des interventions de restauration. Il ne signifie en aucun cas que lesdits professionnels souhaitent empiéter sur les fonctions assurées par les conservateurs.

Le terme de " conservateur-restaurateur " a été entériné par le texte La profession de restaurateur - Code déthique et formation, adopté par lAssemblée générale de la Confédération Européenne des Organisations de Conservateurs-Restaurateurs (E.C.C.O.) le 11 juin 1993.

2. La distribution des fonctions

Ces propos liminaires nous amènent à réfléchir sur ladéquation entre le restaurateur et le travail de conservation préventive : est-il en mesure de lexercer, après avoir suivi une formation et mené une pratique professionnelle centrées sur des traitements effectués objet par objet ? Est-il légitime pour un restaurateur de prétendre se spécialiser en conservation préventive ?

Pour répondre à cette question, il est utile de se pencher sur les origines de la conservation préventive en tant que discipline à part entière. La bibliographie est à cet égard un précieux indicateur : les références fondamentales ont dans lensemble été rédigées par des restaurateurs... pourquoi ? Une raison que je qualifierais de physiologique, tout dabord : la conservation-restauration est, de loin, la discipline la plus proche de la matérialité de l'objet, dont elle tire sa raison d'être et sa substance. Une raison conjoncturelle, ensuite : les professionnels des musées, tout particulièrement en Amérique du Nord, se sont trouvés confrontés au double problème de l'augmentation quantitative des collections et de la pression accrue sur les prestations de conservation des oeuvres. Progressivement, les restaurateurs intégrés aux institutions ont été tenus de justifier l'utilisation des fonds alloués à leur secteur dactivité. En effet, les fonds publics ont diminué tandis que le financement privé augmentait, et les nouveaux " investisseurs " ont exigé une obligation de résultats semblable à celle en vigueur dans le monde des affaires. C'est ainsi quil est devenu inacceptable, avec des ressources financières issues de fondations privées, de financer par exemple une intervention de conservation-restauration si les conditions de stockage de l'oeuvre restaurée n'étaient pas satisfaisantes ; principe simple et cohérent, que le financement soit d'origine publique ou privée, mais qui est encore loin aujourdhui d'être systématiquement appliqué dans le domaine culturel... Pour résumer, ce contexte explique d'une part lorigine géographique de la conservation préventive, ainsi que l'existence dune littérature spécifique aux restaurateurs, dont nombreux sont dailleurs devenus, à titre officieux ou officiel, de véritables " gestionnaires de la préservation " autant que des personnels intervenant directement sur les objets.

Cette question dordre théorique réglée, examinons ce quil en est de lapplication concrète : qui, au sein des musées français, met en oeuvre la conservation préventive, et selon quelles modalités ?

Jusqu'à présent, seuls les conservateurs étaient en mesure de le faire. A nouveau, les causes en sont structurelles, la gestion des collections de musées reposant historiquement sur la présence et linstance décisionnelle des seuls conservateurs. Très peu de musées comportent dans leur hiérarchie des administrateurs, seuls quelques régisseurs sont intégrés aux structures institutionnelles, et les restaurateurs salariés sont extrêmement rares. Cependant, il faut noter que les restaurateurs sont néanmoins des interlocuteurs privilégiés, étant régulièrement appelés à travailler pour les musées avec lesquels il existe depuis toujours une tradition de collaboration... dès lors que le degré daltération d'une uvre lexige. En effet, l'intervention du restaurateur est le plus souvent requise pour restaurer des oeuvres en vue d'une exposition, plutôt que comme attention générale à la pérennité dune collection dans son ensemble.

Or si la formation initiale des conservateurs a récemment pris un virage, en incluant notamment des cours sur la conservation matérielle des biens culturels, il est vrai que l'enseignement mettait traditionnellement l'accent sur la recherche en histoire de l'art, la médiation et l'enrichissement subséquent des collections. Cest donc en situation professionnelle, en étant confrontés sur le terrain aux collections - plus ou moins abruptement selon les situations - que les conservateurs prennent la pleine mesure de l'extrême précarité de ces objets qui constituent, " en vrai " et non en tant quicônes immatérielles, les véritables supports de leur travail scientifique. Les conservateurs peuvent dès lors initier des actions de conservation préventive, et en être partie prenante.

Un constat simpose donc : il n'existe en France qu'une seule catégorie socio-professionnelle décisionnaire systématiquement intégrée aux musées, à même de mettre en place des programmes de conservation préventive à long terme. Les restaurateurs, exclus de ces mêmes structures à de rares exceptions près, sont pourtant par leurs interventions les garants occasionnels de la pérennité des collections... Aujourdhui cependant, ils sont parfois accueillis dans les institutions en tant qu'intervenants extérieurs venant effectuer une mission ponctuelle dévaluation et de conseil : un " audit culturel " en quelque sorte, qui nest pas sans rappeler la pratique des audits financiers dans ce qu'ils comportent d'efficace et d'agressant à la fois pour les entreprises concernées...

Pour ce type dintervention, le restaurateur analyse divers aspects de linstitution et de son fonctionnement, toujours en relation avec la préservation des collections : état de conservation et médiation des ouuvres, mais aussi formation des personnels et gestion du budget. On est forcé de remarquer que ce travail seffectue dans une zone grise, où les aires de compétences des conservateurs et des restaurateurs se recouvrent. Mise au jour lors des missions de conseil, même lorsqu'il est bien entendu par les deux parties que les propositions effectuées par le restaurateur ne seront pas forcément entérinées par une décision du conservateur qui est seul responsable légal des collections, cette situation risque de faire émerger un conflit qui, sans nul doute, pourrait être dévastateur dans notre monde professionnel commun. Que faire ?

Pour moi, la réponse à cette question pourtant complexe est univoque : dans un contexte où les collections se sont constamment développées depuis des siècles sans que les crédits augmentent dans la même proportion, dans des institutions au personnel souvent de plus en plus restreint, il faut miser sur la richesse plutôt que lindigence. Suivant ce principe directeur, trois grandes étapes dune collaboration se dessinent : dans l'immédiat, l'exercice des activités de préservation ne doit pas être envisagé en termes de pouvoir mais de complémentarité, dans le but unique que constitue la sauvegarde des biens culturels. Parallèlement, l'ensemble des partenaires du musée doit être sensibilisé à la conservation préventive, par le biais de formations adaptées, si possible dispensées sur le site même de linstitution conjointement par le restaurateur et le conservateur. A terme, les professionnels de chaque type d'activité (conservateurs, restaurateurs spécialisés en conservation préventive et/ou intervenant sur les objets, régisseurs, encadreurs, socleurs, etc.) devraient être intégrés aux structures institutionnelles, pour un fonctionnement plus dynamique. En effet, on peut raisonnablement espérer que l'émergence de nouveaux métiers au sein des musées favorisera l'adaptation des voies administratives aux nécessités de la préservation : développement de lignes de crédits spécifiques à la conservation préventive, autorisation de programmes dachats collectifs de fournitures en conservation-restauration pour les institutions à faible budget, possibilité de débloquer des fonds durgence en cas de sinistre, création de postes de consultants à vocation nationale ou régionale, etc.

3. Le potentiel du restaurateur en matière de conservation préventive

Profil dun professionnel

En attendant cette idyllique évolution des institutions culturelles, quels sont les atouts - et les faiblesses - du restaurateur en matière de conservation préventive ? En tout premier lieu, il est indéniable quil bénéficie de son contact permanent avec les oeuvres et de sa grande sensibilité à leur matérialité. Sa formation initiale et sa pratique professionnelle rendent le restaurateur particulièrement apte à " tourner autour de lobjet " (et non " autour du pot " !), en appréciant tant son état de conservation que son potentiel de dégradation, en percevant les améliorations qui pourraient être apportées par la modification de son environnement, et en formalisant les procédures à mettre en oeuvre pour minimiser les risques d'altération statiques (climat, mobilier ou conditionnement inadaptés) et dynamiques (modes de transport, dexposition ou de consultation hasardeux, etc.).

Revers de fortune, le restaurateur peut également être inhibé dans son travail de prévention des altérations par sa familiarité avec lobjet. En effet cette proximité avec la matière, alliée à une fréquente méconnaissance des rouages administratifs ainsi que de la " culture dentreprise " institutionnelle, peut amener le restaurateur à négliger la difficulté pratique pour le personnel du musée à mettre en oeuvre ses préconisations. Prenons un exemple ; à la suite dune évaluation des conditions de conservation, le restaurateur établit que chaque objet de la collection doit être individuellement placé dans un contenant protecteur. Tout dabord, le bailleur de fonds acceptera-t-il que les fournitures pour le conditionnement passent dans le budget au titre d'investissement et non de fonctionnement, ces ressources étant déjà épuisés par les nécessités du secrétariat ? Ensuite, que faire si le personnel en place considère que ce type de tâche n'entre pas dans leurs attributions... recruter un étudiant vacataire qui viendra pendant ses congés ? Fort bien, mais qui va le former à sa tâche, et qui cédera la moitié de son bureau pour quil puisse travailler ? Acheter le carton et la mousse pour fabriquer des contenants sur mesure à bon prix, voilà une idée formidable, mais où va-t-on stocker les fournitures pendant l'année universitaire, lorsque le vacataire sera absent ? Le restaurateur effectuant une mission de conseil devra donc ancrer ses projets dans la réalité spatiale, administrative et financière de l'institution, sous peine de perdre toute crédibilité professionnelle. De plus, il devra prendre garde à ne pas froisser les susceptibilités des personnels en poste, ce qui nest pas toujours aisé lorsqu'on est de passage pour une courte période, sans beaucoup de temps pour convaincre de la nécessité des changements que l'on propose...

Dans le même ordre d'idée, le restaurateur souffre parfois de son attachement aux objets ; notamment, il peut être accusé d'être celui qui, systématiquement, fronce les sourcils dès qu'il est fait mention d'une exposition ou du prêt d'une oeuvre. Or, la dialectique du conservateur de musée repose sur la médiation des collections, et il serait inepte de penser que la conservation préventive a vocation à soustraire au regard les objets pour cause de fragilité ! Il faut donc que chacun y mette du sien...

Types dinterventions

En tant que consultant, le restaurateur spécialisé en conservation préventive peut offrir ses services dans deux situations : les études ponctuelles et les missions au long cours. Les études ponctuelles sont demandées par les conservateurs dans le but d'atteindre l'un ou l'autre des objectifs suivants : une évaluation globale, ou la réponse à des questions spécifiques.

Dans le cadre dune évaluation globale, le consultant analyse dans son ensemble le fonctionnement de l'institution : l'état des collections ; les conditions de conservation, la protection contre les sinistres et les malveillances humaines ; les traitements de reproduction et/ou de conservation-restauration effectués ; les modalités selon lesquelles s'effectuent la mise en valeur et la médiation des oeuvres ; les activités de lensemble du personnel et leur rôle en matière de protection des collections ; les attributions budgétaires destinées à la préservation, etc. Suite à cette étude un dossier complet est remis au commanditaire de leétude, comprenant une partie analytique ainsi queune section présentant les recommandations du restaurateur. Il seagit généralement de grands axes de travail échelonnés dans le temps, budgétisés et ordonnancés selon les priorités identifiées par le restaurateur : par quoi commencer, dans quel ordre programmer des activités de préservation avec un budget non extensible ? Est-il plus utile pour la protection des collections deacheter des appareils de mesure du climat ou des humidificateurs mobiles ? Serait-il préférable de commencer par une campagne de dépoussiérage ou de reconditionnement ? Si les collections se dégradent dans les réserves, est-il préférable de commander une analyse structurelle du bâtiment où elles se trouvent actuellement, ou de chercher un site de réserve en dehors du musée pour repartir sur de nouvelles bases ?

Deautre part, lorsqueun conservateur se trouve confronté à un problème deordre technique, tel que le suivi physique des collections lors dun déménagement ou de laménagement de réserves, il arrive queun restaurateur soit engagé pour répondre à une question spécifique. Dans ce cas, le consultant examine les paramètres du problème et trouve les solutions les mieux adaptées. Il propose chacune deentre elles assorties de propositions financières, souvent beaucoup plus précises que les ordres de grandeur indiqués dans une évaluation globale.

Ceest, le plus souvent, dans le cadre deévaluations globales que les conflits se dessinent entre le restaurateur et le personnel de linstitution, et pour cause, si lon en croît les auditeurs financiers qui ont coutume de dire que " tout changement imposé sera un changement refusé ". Or, le séjour in situ souvent très court du consultant, et son nécessaire accès à des documents tels que leorganigramme fonctionnel et le budget, le rendent parfois menaçant pour les individus en poste. " De quel droit un intrus vient dans nos murs pour nous apprendre à travailler, à nous qui venons ici tous les jours depuis dix ans ? Et puis, que pourrait-il bien voir que le conservateur chef détablissement neait déjà perçu ? "

Dans les faits, il apparaît que la venue deune personne extérieure peut révéler, sinon des problèmes insoupçonnés, du moins des solutions viables à des situations qui semblaient pourtant bloquées. Le passé dune institution ne doit jamais être négligé, parce quil explique leexistence de conjonctures parfois aberrantes bien que... historiques ! Or, de même que la poussière ne protège pas (justement, profitons-en au passage pour démystifier lune des aberrations les plus couramment entendues dans le monde de la conservation), ce nest pas parce queun contexte particulier seest développé et stabilisé dans une institution au fil du temps queil est nécessairement fructueux, et doit en conséquence être préservé... Sans vouloir heurter ou peiner les intervenants de longue date, il est important que le personnel du musée comprenne que le restaurateur consultant a été appelé pour permettre leémergence de nouvelles habitudes en vue deune protection accrue du patrimoine culturel, selon le principe que toute situation est susceptible de seaméliorer si lon y canalise de la bonne volonté et des moyens financiers, de quelque ampleur queils soient. Notons que la bonne entente et la transparence entre le consultant et le personnel peut être grandement facilitée par le chef détablissement, par exemple si celui-ci convoque une réunion de lensemble des personnels pour y présenter le nouveau venu, et expliciter leobjectif du projet auquel il est affecté. Enfin, signalons que ces problèmes relationnels surviennent moins fréquemment lorsque le restaurateur est engagé pour résoudre un problème précis ; dans ce contexte il est en effet perçu comme un expert en la matière (au sens strict du terme !), et sa venue n'implique généralement pas de remise en question de la part du personnel.

Les missions au long cours constituent aujourdhui des projets expérimentaux, sur lesquels on manque encore de recul. Il sagit d'une formule selon laquelle des restaurateurs travailleurs indépendants sont attachés à une institution, non sur la base d'un poste à temps plein mais pour un certain nombre d'heures mensuelles ou annuelles, pendant une période assez longue, par exemple deux ou trois ans. Ce système est depuis longtemps pratiqué en conservation-restauration, certains restaurateurs étant chaque année mandatés pour intervenir, au sein de leur atelier privé, sur une fraction de la collection d'un musée. En revanche, il est novateur en ce qui concerne la conservation préventive, et demande des aménagements du temps de travail spécifiques dont les modalités sont encore à examiner, notamment parce qu'elle exige de la part du restaurateur une présence fréquente dans l'institution. Affaire à suivre, donc, que cette possibilité de faire suivre les activités de conservation préventive par un intervenant extérieur ayant obtenu de l'institution une " banque d'heures ", tant sur le plan de l'efficacité des actions menées que de la reconnaissance professionnelle du restaurateur consultant.

4. De la conservation à la préservation

Le terme de préservation, déjà employé à plusieurs reprises dans ce texte, recouvre l'ensemble des activités menées sur et autour des collections, dans le but d'en assurer l'existence matérielle et/ou documentaire.

Il sagit d'une vaste discipline dont les ramifications portent vers la gestion, la logistique, la statistique, linformatique et, pourquoi pas, la psychologie humaine ! Evaluer l'état des collections, préconiser les actions qui permettront de limiter les altérations, dresser des budgets en vue dune programmation de conservation-restauration, toutes ces tâches sont à la mesure des restaurateurs lorsqu'ils sont intégrés à des projets de conservation préventive. Intégrés à une véritable dynamique de préservation, les restaurateurs pourront également sensibiliser le personnel des institutions culturelles et le public à l'incontournable fragilité des oeuvres, fédérer les énergies dans le but de protéger les collections des agents de dégradation, amener les pouvoirs publics ou privés à investir dans ce travail souterrain mais indispensable... en résumé, jouer enfin pleinement leur rôle dans un paysage culturel laissant à chacun le soin d'oeuvrer dans l'entière mesure de ses moyens pour assurer la pérennité dun patrimoine commun.

Résumé

Dans cet article lauteur tente d'exposer et de clarifier les notions de préservation, de conservation préventive, de conservation curative et de restauration. Elle expose ensuite son point de vue personnel de praticien de la conservation-restauration, quant à la possibilité dans le contexte muséal français et à l'intérêt dintégrer un restaurateur à des projets de conservation préventive.

Biographie

Eléonore Kissel est conservateur-restaurateur de documents graphiques et consultant en conservation préventive. Elle est diplômée de la Maîtrise de Sciences et Techniques en Conservation-Restauration des Biens Culturels et du Diplôme dEtudes Supérieures Spécialisées en Conservation Préventive de l'Université Paris I - Panthéon Sorbonne. Elle s'est spécialisée dans les missions de conservation préventive, quelle mène essentiellement dans les services d'archives et les musées en France et au Canada.

Remerciements

Je souhaite ici remercier Mademoiselle Frédérique Orvas, conservateur-restaurateur de peintures de chevalet, pour ses innombrables relectures de textes quelle mène avec autant de sagesse que d'amitié.

Eléonore Kissel.   Museum International, vol. 51, n 1, Janvier-mars 1999