De l’usage du restaurateur en conservation préventive
De la restauration à la conservation-préventive
Paris 18-19 janvier 1991
La réunion a eu lieu dans les locaux de la Maîtrise de Sciences et Techniques de Restauration et Conservation des Biens Culturels (MST), à l’Université de Paris I , sur invitation de la Coordination de quatre associations françaises de conservateurs-restaurateurs (APRIM. AEAE-IFROA, ARAAFU, ACREA).
Sur la cinquantaine de personnes présentes, vingt participants environ représentaient des associations de conservation-restauration de différents pays d'Europe, les autres étant présents à titre d’observateurs.
La table-ronde s’ouvre à 9h45 le vendredi 18 janvier. Les débats ont lieu principalement en anglais. La Présidente, Carole MILNER, souhaite la bienvenue aux participants et rappelle qu’il n’a pas été possible de contacter directement toutes les associations européennes, et que les participants avaient été priés d'assurer la liaison avec leurs collègues. Elle précise que les conservateurs-restaurateurs français étant pour la plupart travailleurs indépendants, ceux qui ont participé aux préparatifs de la réunion ont collaboré à titre bénévole et que le budget est financé exclusivement au moyen des contributions des membres des associations. Elle remercie le Directeur de la MST, M. J.P.SODINI, qui a bien voulu mettre à la disposition de la table-ronde les locaux nécessaires ainsi que toute l'équipe organisatrice.
Elle attire l’attention sur certaines difficultés terminologiques inhérentes aux différents contextes nationaux et ajoute qu’une liste des termes les plus utilisés en Anglais et en Français a été distribuée.
Les participants ont à leur disposition sur les tableaux d'affichage la liste des associations et des contacts professionnels ainsi que la synthèse des réponses au questionnaire adressé préalablement aux associations les plus importantes en Europe, au Canada et aux Etats-Unis. Chaque participant est prié de vérifier que les données le concernant sont exactes.
1). Etaient excusés les représentants d'Autriche, du Dannemark ainsi que Mara NIMMO d'Italie, Nicholas STANLEY PRICE du Groupe de travail ICOMM-CC pour la Conservation-Restauration, Daniel-THEROND du Conseil de l'Europe.
La matinée est consacrée aux présentations faites par les délégués (les contributions disponibles sont annexées au présent rapport, les autres contributions sont résumées ci-après).
Roch PAYET, au nom de la Coordination française, présente un rapport intitulé " Situation de la profession en France ". annexe 2
Karl FALTERMEIER, pour l'Allemagne, donne tout d'abord un aperçu de 1 histoire de son Association depuis sa fondation en 1965. Elle a pour but d'établir des contacts et des échanges
entre les différents laboratoires de musée et l’industrie, pour ce qui concerne les méthode, matériaux, outils et résultats récents de rassembler toute la documentation disponible en matière de conservation-restauration et de faire le point sur la formation et les examens. L'Association compte plus de 1500 membres répartis dans 35 pays et dans plusieurs groupes de travail. Elle est financée grâce aux contributions de ses membres et publie un bulletin semestriel "Arbeitsblâtter für Restauratoren " et une revue trimestrielle.
En Allemagne, l'usage de l'appellation de " conservateur restaurateur " ne fait l’objet d’aucune réglementation. Des membres de l’Association allemande ont fait l'objet de pressions exercées par le puissant syndicat des artisans. A titre d’exemple, Karl FALTERMEIER précise qu'un membre de l’Association, ayant subi de telles pressions, réussit à gagner un procès intenté au syndicat en question qui voulait l'obliger à s'affilier.
Il existe, dit-il. quatre cours de formation supérieure en conservation-restauration en Allemagne et l'Association allemande s'efforce d'imposer la formation universitaire comme clé d'accès à la profession. Il énumère ensuite les associations les plus importantes en Allemagne. Il ne sait pas si les cours de conservation-restauration par correspondance dans l'ancien Berlin-Est sont maintenus depuis la réunification.
Ses propositions sont les suivantes : mettre sur pied un lobby auprès des autorités communautaires de Bruxelles ; créer une coordination européenne chargée d’étudier les équivalences en éducation et formation ; publier un bulletin européen ; recueillir toutes informations disponibles sur les nouveaux règlements de la CEE et sur le statut du conservateurrestaurateur en Europe.
Ulrich SCHIESSL présente ensuite son rapport sur la Suisse. annexe 3 Il participe également à la table-ronde à titre d'observateur pour le Deutscher Restauratoren Verband.
Myriam SERCK-DEWAIDE expose la situation en Belgique . En 1962 est fondé l'Institut Royal du Patrimoine Artistique, organisme pluridisciplinaire offrant un stage de formation de 4 ans. En 1974 les restaurateurs de l'IRPA rejoignent l’Association des Conservateurs des Musées de Belgique. Un groupe de travail de cette Association publie en 1978 une enquête concluant que le diplôme de conservateur-restaurateur n'est pas reconnu officiellement en Belgique. En conséquence, le Ministère de la Culture crée, en 1982, un département de conservation-restauration d’œuvres d’art au sein de l’école Lacambre. Il s'agit d’une formation supérieure non universitaire de 5 ans toujours non reconnue par l’Etat. En 1988-89, l’Académie des Beaux-Arts d'Anvers crée une section de conservation-restauration, mais là encore, le diplôme n’est pas officiellement reconnu. Malheureusement, poursuit-elle, on voit se développer parallèlement à ces formations une pléiade de cours divers sans objet déclaré et sans aucun contrôle de qualité. En conclusion, la profession est ouverte à n'importe qui ; les œuvres d'art ne sont pas protégées par la loi ; les conservateurs-restaurateurs n'ont aucun accès à une carrière correcte. A moins de posséder un diplôme scientifique ou d’histoire de l’art, ils sont considérés comme simples techniciens. C’est pourquoi, la plupart des conservateurs-restaurateurs belges travaillent en indépendants.
Des membres de l’IRPA, ainsi que quelques anciens élèves et professeurs de l’école Lacambre et de l’école d’Anvers, et certains conservateurs-restaurateurs indépendants créent en 1991 l'Association Professionnelle des Restaurateurs d’Œuvres dArt, dotée de ses propres statuts et ayant son siège à Bruxelles.
Willemien T. HOOFT, pour les Pays-Bas, présente sa contribution. annexe 4
David LEIGH distribue un dossier d’information sur la " Museums and Galleries Commission " qu’il représente, ainsi qu’un rapport écrit. annexe 5 Suit une présentation orale. Il brosse le tableau de la situation au Royaume-Uni où il existe quelques 2000 musées aussi bien publics que privés, dont quelques-uns en partie financés par l'Etat. Les musées privés se sont multipliés au cours des dernières années et emploient environ un millier de conservateurs-restaurateurs indépendants. Il existe également huit centres publics qui font appel à des conservateurs-restaurateurs, ceux-ci apportent conseils et aide aux musées régionaux et ne sont soumis à aucun contrôle de l’administration.
L'Institution MGC est un reflet de l'importance qu’accorde le Gouvernement au problème général de la conservation-restauration. Elle a pour mission de canaliser les fonds publics vers les musées régionaux, établir des normes de qualité, élaborer un répertoire des musées publics ou privés
habilités à recevoir des fonds publics. " The Conservation Unit " (dont il est directeur), créé trois ans auparavant, a pour tâche de valoriser l’image du conservateur-restaurateur dans le pays. Il n’a pas de pouvoir exécutif, son rôle se bornant à conseiller et à soutenir les conservateurs-restaurateurs des secteurs public et privé, en matière de formation, de collection, etc.
David LEIGH cite les associations professionnelles les plus importantes au Royaume-Uni, deux sont représentées à la réunion (l’UKIC et l'ABPR). Malgré de nombreux problèmes (le statut du conservateur-restaurateur n'est ni officiellement reconnu, ni protégé, etc. La profession est de mieux en mieux perçue à la fois par l’Etat, les musées et le grand public. Dans certains établissements. un conservateur-restaurateur peut avoir un statut égal à celui du conservateur.
Puis David LEIGH présente une plaquette sur la formation au Royaume-Uni dont, notamment, le Museum Training Institute, nouvellement créé. Il cite également un projet visant à recueillir des fonds auprès d’entreprises commerciales, de fondations, de trusts, etc. Ces sommes s'ajoutant aux bourses offertes par le " Conservation Unit " permettront de financer des stages de formation en atelier. Il existe également, ajoute-t-il, un programme de bourses permettant le financement de voyages d'études, l’achat de matériel et l’organisation de réunions.
Le MGC publie des rapports, un bulletin, des dépliants d'information, etc. C’est aussi une antenne au Royaume-Uni du " Conservation Information Network " américain.
Il décrit également un nouveau projet gouvernemental prévu pour 1992, projet qui analyse dans le détail les différentes fonctions de conservation-restauration des musées et qui pourrait éventuellement servir de base pour l’élaboration d'une qualification professionnelle reconnue par l’Etat.
Le " National Register " de conservateurs-restaurateurs indépendants n'est pas un système d’" accréditation " à proprement parler, et n’inclut pas le secteur musée. Il s’agit plutôt d'un guide mis à la disposition des services privés et des particuliers qui recherchent des conservateurs- restaurateurs. Une base de données informatisée, élaborée à partir de questionnaires envoyés à des conservateurs-restaurateurs, fournit des informations complètes, non confidentielles, sur ces derniers, au prix de £ 5 par demande (gratuit pour les musées). Le système fonctionne de manière satisfaisante et comporte actuellement 500 ateliers. Il ne s’agit pas de recommander des conservateurs-restaurateurs, le Registre n’assumant aucune responsabilité à cet égard.
Pendant la pause, ROBYN GREENBLATT fait une démonstration de d’accès au système sur son ordinateur portatif.
Valentine WALSH décrit le rôle et les fonctions de l'UKIC, organisation qui représente environ 2000 conservateurs-restaurateurs britanniques, regroupant un large éventail de spécialités des secteurs public et privé. L'UKIC a pour objet de promouvoir la qualité de l’exercice professionnel par son action en faveur de l’"accréditation ", ses publications et son influence sur d'autres organismes. Ses activités sont en général bénévoles mais les contributions de ses membres permettent le fonctionnement d’un bureau avec un personnel permanent chargé, entre autre, des publications. " The Conservator " journal annuel , le bulletin trimestriel et " Grapevine " bulletin mensuel). Elle présente les études de l'UKIC en matière de déontologie "Guidelines for Professional Conduct " et le système d’ " accréditation " du Royaume-Uni.. perçu comme le premier pas vers l'objectif final de la reconnaissance à part entière de la profession. annexe 6
L'UKIC organise aussi des conférences, des réunions, des cours de formation et agit comme bureau de liaison de divers groupes professionnels. au Royaume-Uni. Le Comité Formation de l'UKIC a largement contribué à l'élaboration d’objectifs pour la profession et à la production de modèles de cursus.
Un sous-comité a mis sur pied des modèles d'assurance. Il travaille actuellement à la mise au point de modalités permettant à l'UKIC d'assurer les arbitrages en cas de litiges, il étudie également l'harmonisation ultérieure de tous les documents.
Nathalie RAVANEL présente la situation en Italie. annexe 7
Philip ROBINSON de l’ABPR, Royaume-Uni, présente son association. annexe 8
Enfin Marie-Lauraine DANGEARD, l’une des deux observateurs de la Commission Européenne, parlant à titre officieux, présente l’organisation communautaire et cite les sept Directions Générales concernées par ces questions. Le Département Culture (petite unité dépendant de la DG10) soutient les activités culturelles telles que le patrimoine architectural etc., mais n a aucun pouvoir législatif, la culture n’étant pas inscrite dans le Traité de Rome. Son mandat est d’échanger des informations. de promouvoir des réunions, d’agir en tant que point de liaison et, de manière générale, d'influencer les politiques de la Commission afin qu’elle prenne en compte les préoccupations culturelles. Le Département est doté d’un budget modeste mais bénéficie de règles et d'un programme relativement flexibles.
Elle cite quelques autres Directions Générales qui pourraient être concernées :
la DG3, chargée de la mise en œuvre du marché intérieur, des droits d'auteur etc., avec notamment un petit département étudiant l'équivalence des qualifications dans le cadre de la libre circulation des travailleurs. Ce thème est traité non pas par profession, mais plutôt de manière générale et horizontale ;
la DG5 a mis sur pied un groupe de travail sur les ressources humaines en matière d’éducation, dont une petite section, au sein de la Formation Professionnelle et Jeunesse, est chargée de la reconnaissance mutuelle des qualifications et des programmes d’échanges tels que ERASMUS, PETRA, COMET, etc. C’est un domaine complexe qui ne peut être abordé que de manière générale par une description des différentes catégories d’activités concernées, ceci en collaboration avec les partenaires sociaux ;
d’autres programmes des DG traitent plus indirectement de la conservation-restauration, par exemple, le programme Pollution qui dépend de la section de l’Environnement ;
enfin, la DG23 coiffe les activités des petites et moyennes entreprises.
Marie-Lauraine DANGEARD signale aussi que le CEDEFOP à Berlin organise des enquêtes périodiques sur les professions et élabore les profils des catégories professionnelles les plus importantes. La conservation-restauration pourrait, par exemple, trouver sa place au sein d'une catégorie commerciale telle que le Bâtiment sous la rubrique Patrimoine.
Le Conseil de l’Europe est certainement une autre organisation internationale susceptible de s’intéresser aux questions de la conservation-restauration. (Ici, Carole MILNER spécifie que Daniel THEROND du Conseil de l’Europe, qui n'a pu assister à la réunion, fait part néanmoins de son désir d’apporter son soutien et de son intérêt à rencontrer la Coordination française au plus tôt.)
Quant au problème du statut de la profession, le Département de la Culture à la Commission Européenne ne peut qu'adopter une approche globale. Marie-Lauraine DANGEARD suggère que , avant de bénéficier d’un réel poids politique, les participants fassent pression sur leurs administrations. Elle donne une liste de contacts possibles et conseille d'étudier de près l’organigramme de la Commission car, dit-elle, la culture peut constituer (une bonne passerelle d'accès aux programmes,, sous réserve du respect de certains critères.
L'après-midi, Carole MILNER, présente les résultats des réponses au questionnaire et lance le débat sur le statut professionnel du conservateur-restaurateur . Elle propose comme base de travail la définition de la profession adoptée par l’ICOM en 1984, définition citée comme référence à plusieurs reprises et approuvée par une majorité de pays et d'organisations.
Cristoph VON IMHOFF qui a étroitement participé à l'élaboration du document ICOM est alors prié de présenter celui-ci. Il remercie tout d’abord les organisateurs de la réunion pour leur initiative, dont l’origine est imputable à leurs problèmes nationaux mais à laquelle ils ont su donner une dimension européenne.
Il énumère les organisations internationales plus spécialement chargées de la conservation-restauration :
ICCROM organisation inter-gouvernementale fondée par l’UNESCO
ICOM (Comité pour la Conservation) - organisation non gouvernementale, également fondée par l’UNESCO, qui rassemble des professionnels collaborant avec les musées ou y travaillant ;
IIC, association de professionnels indépendants ayant des représentations nationales.
Bien que ces organisations échangent des informations sur le statut de la profession, cela ne constitue pas leur but principal. Un organisme européen (voire international puisque les pays du sud-est asiatique et d'Afrique commencent à faire face aux mêmes problèmes) devrait, selon lui, être créé pour la défense des intérêts propres des conservateurs-restaurateurs. Il suggère au groupe d’étudier les tentatives américaines et canadiennes d’imposer un système d’"accréditation ". L'"accréditation " légale est un problème très complexe et bien que ces tentatives soient en suspens, elles ont engendré une somme d’expériences précieuses, d’informations et de documentation qui pourrait être fort utile.
Christoph VON IMHOFF trace ensuite l’historique depuis 1976 de la définition de la profession par l’ICOM. Un texte a été réécrit et revoté maintes fois jusqu'à son adoption définitive à la réunion du conseil exécutif de l’ICOM en juillet 1985. En 1986 un code de déontologie y est ajouté à l'occasion de la réunion de Buenos-Aires. Ces textes ont été publiés il y a trois ans dans la revue de l’UNESCO En outre, la définition étant adoptée, voire utilisée comme base par plusieurs pays, le texte peut dorénavant être considéré comme faisant autorité. Il suggère que le groupe de travail ICOM sur la formation entreprenne la mise à jour nécessaire du texte.
Suit un débat sur l'opportunité :
de créer un nouveau groupe de travail européen qui aborderait une éventuelle définition juridique de la profession et la mise à jour du document ICOM etc.
ou d'utiliser les structures existantes, telles le Comité pour la Formation, voire créer un sous groupe au sein de ce dernier.
Ulrich SCHIESSL, pour sa part, ne croit pas que le texte ICOM ait quelque poids politique tant qu'il n’a pas de reconnaissance juridique. Cela provoque un débat sur la reconnaissance internationale officielle du texte.
Christoph VON IMHOFF est d'avis qu’une telle entreprise doit faire l'objet d'une préparation minutieuse, éventuellement par des groupes de travail plus représentatifs et sur la base d’un consensus plus large. On peut espérer qu’un organisme international, représentant toutes les associations, acquerra suffisamment de pouvoir et de prestige. Il pourra alors, poursuit-il, faire pression sur les gouvernements, la CEE et autres organisations internationales en vue de la protection juridique - national et international - de préférence avant 1993, échéance de l’entrée en vigueur de la réglementation sur la libre circulation des travailleurs. Quelques participants estiment qu’il faudra un organisme à la fois européen et international œuvrant dans ce sens.
David LEIGH déconseille toute précipitation à former un nouvel organisme. Pourquoi ne pas construire autour du réseau d’organisations déjà existantes ? Le problème sous-jacent pour tous, est de trouver une définition qui s'applique à la fois à la situation actuelle où certains professionnels n’ont pas de formation officielle, mais en revanche plusieurs bonnes années d’expérience, qu’à la situation future avec, espère-t-on, une structure reconnue de formation. Son équipe a rencontré les mêmes difficultés en s’attaquant aux problèmes d' " accréditation " et de registre au Royaume-Uni.
Philip ROBINSON ne peut accepter le document ICOM tant qu'il ne prend pas en compte le secteur privé. Christoph VON IMHOFF propose que ce problème soit examiné plutôt au sein d’un groupe de travail approprié.
Deux approches distinctes reflétant essentiellement les différents contextes français et britanniques semblent se dessiner dès lors dans la discussion. Pour les Français, ce qui importe ce sont les garanties et la protection juridique. Roch PAYET insiste sur la nécessité pour le conservateur-restaurateur français d'une base conceptuelle (telle que le texte ICOM). Il faut en premier lieu définir un profil du métier de conservateur-restaurateur (basé sur la formation et x années de pratique). C’est alors seulement qu'il sera possible d'élaborer une stratégie nationale avec une approche plus ouverte vers l’Europe de 1993 en termes de compatibilité et d'équivalences.
Philip ROBINSON pour sa part. souligne le caractère restrictif d’un statut légal qui suscite des problèmes tels que : définition de la compétence, du niveau, etc. Il plaide en faveur d'un système plus ouvert et compétitif où le conservateur-restaurateur aura lui-même à prouver la qualité de son travail.
Pour Carole MlLNER, tous les aspects sont intimement liés. Il faut garantir un niveau élevé de formation pour un profil défini de conservateur-restaurateur selon un code déontologique déterminé.
De l’avis de Robert SHEPHERD, ce sont les attitudes gouvernementales qu'il faut transformer.
Bénédicte SELSFLAGH, de la Commission Européenne, soutient que plutôt que de viser un statut juridique de niveau européen, il serait plus efficace d'envisager la question sur la base d’un code professionnel ou d’un code d’éthique. Elle est d’avis qu’une protection juridique et officielle ne constitue pas nécessairement un garant de qualité.
Certains participants plaident pour un diplôme reconnu au niveau national comme condition préalable à toute action européenne. D’autres estiment que le processus d'harmonisation en cours complique encore plus la question des définitions. Peut-être serait-il préférable de se lancer tout de suite au niveau européen ? Ceci provoque un échange de vues avec les observateurs de la Commission Européenne, lesquelles mettent en garde contre le problème de l'harmonisation et de l’équivalence des diplômes, écueil à éviter dans le contexte de la CEE. Pour l'heure, il semble que l’action la plus opportune soit de définir un profil de la profession allant de pair avec un code d’éthique et un code professionnel. Il faut poursuivre en même temps une réflexion à long terme pouvant conduire à une reconnaissance de la formation.
Les participants espéraient plus, disent ils, de la Commission et demandent comment obtenir de cette dernière un soutien plus concret afin que la profession soit reconnue. Ils veulent une fois de retour dans leurs pays respectifs pouvoir faire pression sur leurs gouvernements.
A ce moment de la discussion, la présidente fait la synthèse. Il est proposé de créer un organisme :
soit un sous-groupe ICOM/ICCROM comme l'a suggéré Christoph VON IMHOFF, l’ICOM comprenant plusieurs directeurs de musée à même de représenter leur profession au niveau gouvernemental au sein de l’ICCROM, créant de ce fait une dynamique bilatérale ;
soit une fédération européenne avec des groupes de travail nationaux ayant pour mandat d’échanger des idées, trouver des dénominateurs communs, élaborer un profil, etc., et éventuellement de permettre l'ouverture ultérieure vers la scène internationale.
Quelques idées sont avancées :
un manifeste international véhiculé par l'ICCROM vers la CEE ;
un code d’éthique européen accompagné d’une définition de la profession et d'un code professionnel ;
une définition de fonctions de la conservation-restauration selon le projet britannique qui propose un organigramme type pour un musée.
Ce projet de grille, qui n’en est qu'au stade de la réflexion, insiste David LEIGH, ne doit surtout pas être considéré comme officiel. Il fait partie, sous les auspices du Museum Training Institute, d'une analyse plus large visant à mesurer les niveaux des cours de formation, les qualifications et les besoins. L’analyse doit comprendre toutes les activités des musées ainsi que celle, des conservateurs-restaurateurs indépendants.
Selon certains participants, le projet d’analyse britannique ne tient pas compte de la dimension historique et scientifique de l’activité professionnelle. Roch PAYET met en garde contre une confusion possible entre une description de la profession et son " accréditation ". Pour lui, la formation doit plutôt être un moyen d'évaluer les connaissances. La question de l’accès à la profession est à nouveau soulevée. Valentine WALSH met en relief les avantages du système d’ "accréditation " britannique qui laisse une porte ouverte à quelques artisans brillants qui ne sont pas passés par le système d'examen. Elle estime, comme PHILIP ROBINSON, que la formation, certes importante, ne doit nullement constituer le seul critère.
Après une pause, afin de mieux structurer le débat, la présidente résume, au tableau, les principaux thèmes d’intérêt pour la profession formation code d’éthique, code professionnel, titre, définition de la profession, " accréditation ", registre, fédération européenne d’associations, finances, contacts avec l’ICCROM, le Conseil de l'Europe, la CEE. Il est demandé aux participants de donner leur opinion sur l’opportunité de constituer des groupes de travail internationaux pour chaque domaine, auquel cas il sera nécessaire de rechercher un financement. Il peut être envisagé par la suite de convoquer une assemblée générale qui procédera à l’évaluation des résultats de ces discussions. Philip ROBINSON est d’avis qu’il est plus pragmatique d'étudier ces thèmes par groupe de profession ou par spécialité. D'autres pensent par contre qu'il est important d’avoir des groupes interdisciplinaires. Certains participants soulignent qu'il faut en premier lieu rechercher toute information existante dans ces domaines. D’autres encore considèrent qu’il faut tout d’abord discuter de ces problèmes au niveau national. La table-ronde se penche ensuite sur la question du financement de telles études.
Roch PAYET rappelle l’objectif principal de la réunion trouver une définition commune du conservateur-restaurateur, toute réflexion quant à la formation, la structure, les codes déontologiques, etc., découlant de cette même définition.
Marie BERDUCOU appelle de ses vœux une action urgente afin de défendre les actuels étudiants conservateurs-restaurateurs et insiste sur les caractéristiques intellectuelles et techniques de leur mission. Elle rappelle les 15 ans de lutte déjà consacrée à faire admettre la crédibilité de la profession. Malgré cela, on assiste à une prolifération de cours privés ; la ville de Florence à elle seule forme chaque année quelques 700 étudiants dont on ne connaît, dit-elle, ni la destination, ni les activités, ni le niveau.
Robert SHEPHERD ajoute que sous peu les européens de l’Est viendront inonder le marché. Or, il est déjà difficile au Royaume-Uni pour les étudiants de trouver de bons stages en atelier. De même que Philip ROBINSON, il ne pense cependant pas que la profession au Royaume-Uni nécessite une protection particulière, il met en doute la capacité des lois à changer les attitudes des hommes politiques.
Karl FALTERMEIER propose que l’on présente des arguments plus étayés aux autorités nationales en mettant l'accent sur la valeur économique du patrimoine.
Un vif débat s’engage alors sur le thème des associations agréées et la protection du titre. Les participants décident de laisser de coté ces questions plus épineuses et de se mettre d’accord sur :
l’importance de la communication (éventuellement par le moyen de quelques publications européennes) ;
le besoin d'apprendre et d'échanger des techniques " lobby " ;
le besoin d’adopter une approche politique.
En vue de former des groupes de travail, les participants étudient ensuite les thèmes prioritaires à partir de ceux du tableau. Il y a consensus sur les priorités suivantes :
Formation
Code déontologique commun, comprenant un code professionnel, définition de la profession, titre.
"Accréditation "
Contacts avec la CEE, le Conseil de l'Europe, l'UNESCO, l'ICCROM ; Finances.
Gabriella KRIST propose une collaboration avec le " Training Index " de l'ICCROM (en cours de mise à jour) et invite les participants à donner à Cynthia ROCKWELL (de l’ICCROM) toute information concernant leurs programmes de formation. Marie BEROUCOU suggère que l'on dresse des évaluations nationales des programmes de formation.
Christoph VON IMHOFF suggère que Nicholas STANLEY-PRICE cherche une aide financière devant permettre. au groupe de participer à une réunion ICOM spéciale sur la formation. Bien que Nicholas STANLEY-PRICE, Coordinateur du groupe de travail ICOM-CC sur la formation en matière de conservation-restauration, n’ait pu venir, il a demandé à être informé des résultats de la réunion afin d’en faire un rapport. La comparaison des programmes de formation supérieure est à l'ordre du jour de 1991 de ce groupe.
Williemen T HOOFT mentionne le Congrès IADA d’août 1991 qui doit passer en revue les programmes européens de formation et suggère de profiter de l’occasion. Le SIME (Salon International des Musées et Expositions) en janvier 1992 présente une autre occasion de se retrouver, ajoute David LEIGH.
Une discussion a lieu sur la création et le nom d’un organisme ou d’une association européenne. Divers noms sont avancés : Association, Fédération, Coordination, Assemblée, Etats Généraux, Groupe européen des associations de conservation-restauration. Union des associations de conservation-restauration. Le titre " Fédération " est jugé irréaliste par certains dans un premier temps, vu la nécessité d’une homologation juridique, au moins en France. Cependant les participants sont pourtant de l'avis qu’il est important de présenter un embryon d’organisation au Conseil de l'Europe ou à la CEE. Autre sujet de discussion : quelles associations en feront partie? Il est enfin décidé de remettre cette question à plus tard jusqu'à ce qu’un nom soit convenu et que les aspects juridiques aient été examinés.
Les observateurs de la Commission Européenne communiquent ensuite à la réunion, de manière officieuse, le budget de leur Département - 0,00013% du budget de la CEE - consacré au soutien de divers projets tels que séminaires, congrès, activités professionnelles (saut dépenses structurelles, programmes de publication ... ). Les conditions pour obtenir une telle aide sont les suivantes :
tout projet proposé doit offrir une dimension de valeur ajoutée à la CEE ;
un tel projet doit concerner plusieurs pays, le caractère réseau constituant un aspect important ;
il lui faut un budget raisonnable de démarrage.
Sans s’engager davantage, elles encouragent les participants à soumettre une demande et à mettre sur pied la structure requise. Elles conseillent également de soumettre une demande au Conseil de l'Europe qui vient d'ajouter une nouvelle section - objets mobiliers - dans le cadre de son programme sur le patrimoine culturel.
Leur contribution est accueillie avec enthousiasme par les participants. Christoph VON IMHOFF clôt les débats de la journée en rappelant que tous les participants devront apprendre à manier les techniques Euro-lobby nécessaires.
Marie BERDUCOU préside la séance du samedi matin 19 janvier.
Des recommandations issues des discussions de la veille sont distribuées aux délégués pour approbation. La plupart des délégués souhaite cependant en discuter avec leurs associations. Sylvia DE LA BAUME et Carole MILNER suggèrent aux participants de ne pas trop perdre de temps ; ce qui importe, disent-elles, est de trouver les points communs, d’unir les efforts, en tirant partie de ce qui a déjà été fait ; de laisser de coté les divergences nationales et de sauter le pas. Il faut créer un va-et-vient dit Carole MILNER, de manière à ce que les associations travaillent dans leur contexte national et se réunissent à nouveau sur le plan international pour atteindre un objectif commun.
L'éventualité d’une réunion générale internationale à convoquer avant un an soulève la question des invitations. De nombreux participants expriment la crainte que certaines associations ne remettent en question le consensus déjà acquis. Robert SHEPHERD est en faveur d'une large circulation d’idées et de personnes. Ce qui est important selon lui, c’est d’élargir les contacts. Il est convenu que chaque représentant abordera à son retour au sein de son association l'éventualité d'une telle réunion générale. Ce projet exigera au moins un an de préparation, un budget, un secrétariat, un coordinateur initial afin d’envoyer les premières lettres, etc. David LEIGH propose de faire office de boite aux lettres si cela est nécessaire.
Les observateurs de la Commission Européenne suggèrent que le groupe demande une subvention pour l’organisation d'une telle réunion en s’adressant à leurs Ministères des Affaires Etrangères ; dans un deuxième temps avec le parrainage de ces derniers, à la Commission Européenne et au Conseil de l’Europe, etc.
Après avoir travaillé sur le texte des Recommandations qui a soulevé parfois de vifs débats, les participants se mettent d'accord sur une version finale.
Un consensus général se dégage quant à l'organisation d’une journée de travail. Christian MARTY demande aux participants de se mettre d'accord sur une date immédiatement. Ulrich SCHIESSL se propose alors d'organiser une telle réunion de travail à Zurich le 7 juin 1991. Les participants expriment leur satisfaction devant cette initiative. Il est convenu que toutes les associations enverront un représentant. D’autres personnes pourront être invitées si nécessaire.
Monsieur Henri SALMON, Secrétaire Général de l’Union Nationale des Associations de Professions Libérales en France et du Secrétariat Européen des Professions Libérales et, par ailleurs, membre du Comité Economique et social de la Communautés Européennes, qui rejoint la réunion en cours de matinée, prend ensuite la parole. Sa présence à la réunion, de même que celle de Monsieur Pierre VALLE de la Délégation Interministérielle aux Professions Libérales, est l'aboutissement des contacts qu’il a eus avec Muriel BUOT DE L-EPINE et Thérèse PRUNET, membres de la Coordination. Son métier d'architecte d’intérieur lui a permis de côtoyer le monde des artisans, des artistes, des musées et il est désireux de contribuer à la transmission de ce passé culturel dont il incombe aux conservateurs-restaurateurs d'être les gardiens. il est convaincu de la nécessité d'agir au plus vite et se dit prêt à intervenir auprès des 190 représentants de l'organisation européenne des professions libérales à Bruxelles, éventuellement en premier lieu dans le cadre d’une directive sur les droits d’auteurs, dénommée Directive Salmon. Il est profondément convaincu aussi de la nécessité pour la profession de conservateur-restaurateur d’un statut indépendant qui permettra aux professionnels de ne pas subir les pressions de l'Etat, des musées, et de l’argent et de se consacrer, en toute liberté, à sa tâche de restaurer et de transmettre le patrimoine pour le profit des générations futures. L’objet culturel n’a pas de nationalité propre, dit-il. C'est pourquoi, sa place se trouve tout naturellement dans un contexte international. Il exprime sa sympathie pour l’assemblée et son admiration pour les longues années d'études et la compétence des participants. Après avoir joué un rôle dans l'établissement d’une Europe des marchands, il se donne la mission toute personnelle de contribuer à créer une Europe de l’esprit, de la culture, de l’homme. Après avoir félicité et remercié à nouveau tous les participants, il conclut son intervention en les assurant de sa volonté de les aider.
Son discours est chaleureusement applaudi et Roch PAYET, au nom de tous, remercie M.SALMON de son soutien.
Pierre VALLE partage le jugement de M.SALMON sur l'action de la Coordination, action qui l'intéresse au premier chef en tant qu’ancien Président du Comité de Recherche du Centre Pompidou, Président de la Commission des Musées de l’Union des Arts décoratifs, et Conseiller de Presse des Antiquités françaises . Mais c’est en tant que Délégué adjoint à la Délégation Interministérielle aux Professions Libérales, qu'il a comme tâche de promouvoir et de défendre les intérêts des professions libérales en France, notamment les conservateurs restaurateurs. Il croit fermement à la nécessité de protéger la profession par une reconnaissance aussi rapide que possible du titre de conservateur-restaurateur et d’en établir une équivalence au niveau européen. Il encourage donc les participants à s’organiser dans le cadre d’une entité européenne.
M.SALMON est prêt à intervenir auprès de la Commission Européenne mais incite les participants à se rassembler et à s'organiser avec un groupe " lobby " à Bruxelles dès que possible car l'échéance de 1993 est proche.
En réponse à une question sur les modalités d'organisation d’une structure, M.SALMON répond qu’il suffit d'établir des statuts, fixant les objectifs, décrivant les moyens et le cadre de l'organisme de manière aussi simple que possible.
Quant à l'éventuel dépôt de statuts, M.SALMON évoque la possibilité d'autoriser, dans un premier temps, l’utilisation de sa boite aux lettres à Bruxelles, ce qui permettrait d’y établir un siège ensuite l’on pourrait étudier la possibilité d’adopter les statuts d'une association internationale en Belgique, après quoi, il serait plus aisé de s’adresser à la Commission Européenne. Il propose de se renseigner à ce sujet.
Ulrich SCHIESSL suggère de créer une structure au lendemain de la réunion de Zurich. Pour ce faire, il suffit de rédiger des statuts, et de constituer un noyau de 4 à 5 associations, avec un Président et un vice-président. Si l'on donne le la, le chœur suivra, dit-il.
Quant à l'éventualité pour des pays non-membres de la Communauté européenne comme la Suisse ou l'Autriche de se joindre à cette action, M.SALMON répond par l'affirmative, se référant à la collaboration cadre de l'AELE/CEE.
A la question soulevée par Valentine WALSH sur la meilleure façon de promouvoir la cause des conservateurs-restaurateurs dans les pays respectifs des participants, M.SALMON conseille de contacter les différents Ministères de la Culture, ainsi que les Députés européens en assurant les participants que leur diplôme constitue une carte de visite impressionnante. Leur profession est dans le vent, dit-il ; les musées sont de plus en plus fréquentés ; l’art et l’objet d’art sont de plus en plus appréciés par le public.
Il dévoile son rêve de fonder une grande maison des professions libérales à Paris qui rassemblerait les professions artistiques et intellectuelles dont la première grande rencontre pourrait être organisée autour de la profession.
Ses propos soulèvent l’enthousiasme de la salle. Willemien T HOOFT, au nom des délégués, félicite la Coordination pour la magnifique organisation de la réunion et pour sa réussite.